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Par ses dons de musicien et d'organisateur aussi bien que de courtisan et d'intriguant, Lully domina toute la vie musicale en France à l'époque du Roi-Soleil. Il fut à l'origine de plusieurs formes qu'il organisa ou conçut : la tragédie lyrique, le grand motet, l'ouverture à la française... Son influence sur toute la musique européenne de son époque fut grande, et nombreux parmi les plus doués (Henry Purcell, Georg Friedrich Haendel, Johann Sebastian Bach, Jean-Philippe Rameau) lui sont redevables à un titre ou un autre.
Lorsque Lully dressa son orchestre, il en fit le premier de l'Europe pour la discipline et le rythme. Il fit travailler lui-même les chanteurs, les danseurs, et régla tout dans son théâtre jusqu'au plus petit détail.
Cette volonté organisatrice se manifeste également dans son œuvre. Le musicien qu'est Lully nous apparaît surtout comme une intelligence très ferme : il suit un système de composition très étroitement défini, se laisse peu de liberté dans l'inspiration et donne une part restreinte au sentiment.
Lecerf de La Viéville nous dit que Lully « allait se former sur les tons de la Champmeslé ». Son souci principal est, en effet, d'imiter autant que possible dans son chant la déclamation des grands acteurs du XVIIe siècle, qui s'appliquaient surtout à respecter scrupuleusement la prosodie. Aussi Lully a-t-il soin, non seulement de placer toujours une note longue sur une syllabe accentuée, une note courte sur une syllabe non accentuée, mais encore de marquer un arrêt à la césure et à la rime.
L'expression du sentiment est souvent faible chez Lully. Les plus heureux effets à ce point de vue sont tirés de la notation attentive des accents passionnés du discours, non de l'invention d'une ligne mélodique émouvante par elle-même. Mais, dans les moments les plus pathétiques, son chant se contente souvent d'être gracieux, et surtout noble et symétrique. Ici les traditions du ballet exercent une influence sur sa musique : les formes carrées et nettement rythmées de la danse se retrouvent partout dans ses airs.
Mais où Lully excelle, c'est dans la musique descriptive : et c'est encore le fait d'un artiste plutôt intellectuel. Son air du sommeil dans Armide, par exemple, est un pur chef-d'œuvre. Cependant Lully n'est pas coloriste : il n'a que le dessin. Il ne s'intéresse pas au détail de l'harmonisation et de l'orchestration. La partie de chant une fois trouvée, le reste n'est que du remplissage ; il écrit la basse et la fait réaliser par ses élèves. En cela, du reste, il est bien de son temps. Il lui suffit d'avoir constitué une fois pour toutes en un système bien défini les éléments de son harmonisation et de son orchestration.
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